LA CNV EN 4 ÉTAPES
17 sept. 2025

O pour Observer les faits
La première étape consiste à décrire les faits de la façon la plus neutre possible, sans vous laisser embarquer par des interprétations, des suppositions ou des jugements. C'est comme si vous étiez dans une enquête policière : décrivez le contexte, le lieu, les personnes présentes, les paroles prononcées et les actes de la manière la plus précise possible.
Par exemple : "c’était la fin de la journée, vers 17h30. J’étais en train de me dépêcher pour finir un document d’analyse de données. Un collègue arrive dans mon bureau et me dit que je dois revoir une présentation prévue demain après-midi."
S pour identifier ses Sentiments
La deuxième étape réside dans l’identification de vos sentiments : quelles sont, à la fois, les pensées et les émotions qui sont intervenues ?
Par exemple : “j’ai pensé que j’étais nulle et pas à la hauteur et aussi que mon collègue était un sale c… arrogant. Je me suis sentie déçue de moi et j’avais une boule dans la gorge. J'avais envie de tout laisser en plan et d'abandonner le dossier. J’avais passé tellement d’heures de travail dessus, tout ça pour rien. En quittant le bureau, je me sentais découragée et dans le métro, j’ai senti la colère montée en moi. J’avais envie d’hurler contre mon collègue, contre toute la boîte.”
À ce stade du processus, il est intéressant d’enrichir son vocabulaire des émotions. On distingue six émotions primaires :
la joie,
la tristesse,
la colère,
la peur,
le dégoût
la surprise.
Plongez-vous avec délice dans les subtilités de la langue française pour décrire exactement ce que vous avez ressenti car dire...
“je me sens joyeux” et “je me sens émerveillé” (vocabulaire de la joie)
“je me sens frustré” ou “je me sens en rage” (vocabulaire de la colère),
... ne désigne pas tout à fait les mêmes émotions.
10 mots pour chaque émotion primaires :
la joie : heureux, de bonne humeur, comblé, enthousiaste, serein, vivant, épanoui, encouragé, euphorique, stimulé, etc.
la tristesse : malheureux, déprimé, peiné, accablé, bouleversé, affligé, abattu, désolé, soucieux, nostalgique, etc.
la colère : fâché, de mauvaise humeur, frustré, en rage, irrité, nerveux, remonté, exaspéré, remonté, agacé, contrarié, etc.
la peur : effrayé, angoissé, déstabilisé, choqué, inquiet, effaré, affolé, intimidé, désemparé, déconcerté, etc.
le dégoût : dégoûté, désillusionné, écoeuré, amer, ulcéré, embarrassé, honteux, coupable, horripilé, incommodé, etc.
la surprise : étonné, abasourdi, embarrassé, estomaqué, interloqué, renversé, ébahi, stupéfait, sidéré, confus, etc.
Cette étape permet également d'assumer votre leadership en endossant la responsabilité de vos émotions. C’est vous le créateur / la créatrice de vos émotions ! Employez le “je” : “je me sens furieuse” et non “il m’a vraiment énervé”.
Un postulat important pour être au clair avec votre intelligence émotionnelle : vous n’êtes pas vos émotions. Elles ne vous définissent pas. Les émotions reflètent un état transitoire.
“Je suis triste” : n’est pas une caractéristique de votre état d’être humain. Vous pouvez reformuler avec :
“Je me sens triste” : à l’instant T, et cet état va passer.
Vous constaterez que parmi ces six émotions, seule une (la joie) est agréable. La surprise peut être agréable ou désagréable. Quant aux autres, elles sont des émotions désagréables à ressentir.
Existe-t-il des émotions positives ou négatives ?
Les émotions sont toutes positives car elles nous envoient un message, elles nous disent quelque chose. Ce sont des signaux importants à écouter. En revanche, les vivre peut être agréable ou désagréable.
L’étape d’identification de ses sentiments est propice à laisser libre cours au jugement, à l'auto-jugement (et même à la grossièreté !). Laissez le chacal s’exprimer ! Cela ne sert à rien de le contenir ou de le minimiser alors qu’il a besoin d’aboyer. La seule précaution à prendre pour vider votre sac est de le faire pour vous-même (et non vociférer contre l'autre en plein réunion !) :
isolez-vous dans une pièce si vous avez envie d’hurler,
sortez du bureau et allez faire un tour,
ou prenez un carnet et barbouillez-le de vilains mots.
B pour Comprendre ses Besoins
Vos émotions vous envoient des messages : ce n’est pas toujours évident au début de les décoder mais avec un peu d'entraînement, vous saurez les décrypter rapidement.
Si vous ne deviez retenir qu’un seul point : une émotion désagréable = un besoin non satisfait
“J’ai besoin qu’il m’écoute”, J’ai besoin qu’elle arrive à l’heure aux réunions”, “J’ai besoin qu’elle fasse son boulot”, “J’ai besoin qu’ils parlent moins fort dans l’open space”, "J’ai besoin qu’elle lise les documents avant nos rencontres hebdomadaires”, etc. Alerte ! Ce sont des faux besoins !
Les vrais besoins sont d’ordre universel :
Besoins vitaux : respirer, manger, boire, dormir, se reposer, etc.
Besoins sociaux : acceptation, compréhension, soutien, appartenance, respect, sécurité émotionnelle, confiance, honnêteté, collaboration, échange, tolérance, connexion, etc.
Besoins d’expression : créativité, apprentissage, développement, participation, réalisation, liberté, choix, temps pour soi, direction (savoir où je vais), etc.
Besoins affectifs : amour, amitié, détente, plaisir, soins, etc.
Besoins de célébrations : rituel, rires, jeux, rêves, sens, équilibre, valeurs, gratitude, etc.
Besoins spirituels : beauté, harmonie, ordre, paix, transcendance, etc
D pour formuler une Demande
Le plus difficile dans cette étape de la méthode OSBD est de ne pas être dans l’exigence.
“Je voudrais que tu m’écoutes”, “Je voudrais que tu arrives à l’heure aux réunions”, “Je voudrais que tu fasses ton boulot”, “Je voudrais que vous parliez moins fort dans l’open space”, “Je voudrais que tu lises les documents avant nos rencontres hebdomadaires”.
Ce sont des exigences camouflées derrière un verbe au conditionnel et… ça ne passe généralement pas dans la communication ! Votre interlocuteur risque de recevoir votre demande comme un ordre de votre part.
Comment s’y prendre alors ?
Formulez votre demande sous forme de question afin de vérifier que votre interlocuteur est d'accord avec le contrat relationnel que vous lui proposez.
Indiquez-lui également comment vous vous sentez dans les situations qui ne vous conviennent pas.
Soyez prêt à recevoir un non à votre demande ou une contre-proposition ! Ce n’est pas facile à accepter mais cela permet de rester dans l’ouverture au dialogue.
Je voudrais que tu m’écoutes” devient “Lorsque l’on travaille sur un dossier ensemble, serais-tu d'accord pour que chacun prenne 5 min à tour de rôle pour exposer ses avancées sans être interrompu. Lorsque je suis interrompu, je perd le fil de ce que je dis et je me sens frustrée. J’ai besoin d’être écouté.”
“Je voudrais que tu lises les documents avant nos rencontres hebdomadaires” devient “En amont de nos rencontres hebdomadaires, serais-tu ok que chacun prenne du temps pour lire les documents ? Lorsque ce n’est pas le cas, je me sens agacée lors de la rencontre. J’ai besoin de collaboration.”
